MORLANNE ET LE PALESTRION



En avant de la ville de Saint-Sever et séparée d'elle par la route départementale qui y conduit, la promenade ou terrasse de Morlanne (survivance de Mont de Lannes) conduit à un belvédère qui domine d'une centaine de mètres la vallée de l Adour en offrant un large panorama sur la foret landaise. Cette butte entourée par des fossés naturels ne manqua donc pas d'être utilisée comme poste d'observation et de défense depuis des temps très reculés, et pour longtemps.

panorama depuis la terrasse de Morlanne




vue aérienne du site (Google Earth)

Son excellente situation justifia par la suite l'installation d'un camp militaire gallo romain , devenu le « Castrum Caesaris » au Vème siècle. Bien sûr, il ne reste sur cette esplanade aucune trace visible de cette position militaire qui,  après trois siècles d'occupation romaine, dut faire face aux invasions successives des Vandales, Wisigoths, Francs, et Normands.

Pourtant, c'est là qu'aurait été édifié le légendaire« Palestrion »,  palais du gouverneur. 


Le mappemonde du XIe siècle inclus dans le manuscrit du Beatus de Saint-Sever figure de façon exagérée la représentation de l'église, mais aussi un édifice voisin, carré et crénelé,  identifié par un mot effacé, mais qu'on peut deviner être le Palestrion, nom donné au château dans les documents de l'abbaye  

La légende y situe l'épisode de la guérison, par le chrétien Severus, futur Saint Sever, de la fille du gouverneur romain de la place, Adrianus, ou du gouverneur lui-même, et la conversion de ce dernier au Christianisme, avec sa garnison, avant que les Wisigoths n'attaquent le Palestrion et fassent décapiter l'évangelisateur vers 407.. ou 409 (!) sur la côte de Brille qui y mène. Malheureusement tout cela n'est qu'une tradition issue du XIe siècle. D'ailleurs, selon d'autres récits, Saint Sever aurait péri bien plus tard, vers 445. Le chateau du Palestrion aurait été pris d'assaut et détruit lors d'une attaque des Vandales à l'occasion d'une expéditionn ayant remonté l'Adour. C'est au cours d'une bataille engagée ici entre les Vandales et les défenseurs romains et wisigoths. que le gouverneur de la forteresse et Sever auraient été tués au combat. Evidemment, il est difficile de démêler la part de légendes et de vérités historiques.


Toujours est-il que les Wisigoths de Théodoric 1er, nouveaux maîtres du pays, ont vraisemblablement fortifié le castrum romain qui devint par la suite, en raison de la destruction des fortifications de l'ancienne capitale wisigothe Aire, une résidence des ducs de Gascogne. C'est là que se tenaient les états de la Novempopulanie, faisant même de la place une capitale d'état entre 981 et 1063, surnommée alors " Cap de Gasconha ".. 

Bien que probablement falsifiée, la charte de fondation du monastère de Saint Sever (fin du Xème siècle) précise que Guillaume Sanche, son fondateur ( par ailleurs célèbre pour sa victoire sur les Normands) aurait ajouté à toutes ses libéralités " son château du Palestrion avec toutes ses dépendances et sa garnison" .


Le site d'un château féodal, bâti dans la partie sud du castrum, se trouve aujourd'hui enserré et entouré par les habitations modernes qui cachent les anciennes mottes castrales .Il contrôlait l'accès qui se faisait par le chemin de la côte de Brille.
maisons cachant les mottes castrales - la cote de Brille 

De fait, il n est connu que par un dessin du bénédictin Dom Du Buisson ( manuscrit de 1681- - Historiae Monasterii S. Severi - archives de Saint-Sever) qui le figure entouré d'une enceinte flanquée de quatre tours d'angle. Un autre texte de 1615 évoque un "état des murailles du château royal qui menacent ruine" .. 

Le site de Saint-Sever au XVIIe siècle, d'après un dessin de Dom Du Buisson.
(archives  ville de Saint-Sever)
à droite, la butte et le château


De tout ce qui précède il ne reste aujourd'hui, plus rien de visible, sauf quelques rares traces enfouies ou maintenant cachées par le béton des arènes qui occupent une partie du site.
Pourtant, il en subsistait encore des restes au milieu XVIIème siècle. Pierre de Marca y fait allusion en 1640 dans son Histoire du Béarn. Mais les matériaux furent donnés dit-on au lieutenant-général de la sénéchaussée (de Basquiat ) qui le fit démolir pour construire ses maisons.

En 1876  on écrivait " il suffit de gratter pour mettre à nu des morceaux de plaques de marbre magnifiques . Il y a quarante ans un habitant trouva le long du talus du nord une pierre qui se trouva être une superbe tête de statue de marbre que le vicomte de Poudenx paya cinquante francs"

Des sondages effectués entre 1966 et 1968, n'ont pu apporter de preuves archéologiques de constructions. Hormis les restes d'un mur, elles ont cependant attesté d'un occupation humaine ancienne et permanente du site., depuis l'époque protohistorique puis gallo-romaine, pouvant conforter la tradition. ( Une belle pielre dure brun rouge gravée en creux  ou "intaille" -.un verre très épais refermant, incorporé dans la masse une mince feuille d'or - un bracelet de bronze avec décor pointillé en forme de losange - trois monnaies de Gallien, Constantin et Constance II - des fragments de céramique commune protohistorique et gallo romaine- fragment de marbre - une fibule de bronze etc ...)
Malheureusement, il est vrai que les bouleversements du terrain, l'urbanisation moderne, et surtout l'édification des arènes en béton en 1932 sans fouilles préventives, limitent le champ d'éventuelles. investigations sur la partie sud du site. Or, c'est la partie présumée avoir supporté le Palestrion puis le château. ... 

Il est possible aussi qu'avant l'implantation d'une nouvelle abbaye sur le plateau voisin, une première église ou chapelle dédiée à Saint Sever ait été implantée en ces lieux.sur le tombeau du martyr (par un certain comte Sebastien, gouverneur au milieu du Vème siècle ). 

Le musée des Jacobins conserve plusieurs vestiges archéologiques provenant de cette butte de Morlanne. On y a en effet découvert trois chapiteaux en marbre des IVe au VIIIe siècles, ornés d entrelacs et des motifs décoratifs , un fut de colonne, et un buste de femme ( sans tête ni bras)  ). D'autres fûts de colonnes de marbre monolithes et des chapiteaux gallo-romains ont par ailleurs été remployés dans l'église abbatiale 


La terrasse de Morlanne forme aujourd'hui un « site naturel de 3 hectares classé  par arrêté ministériel du 11 juillet 1942 pour son intérêt pittoresque et historique.


cartes postales anciennes


Saint-Sever vu depuis Morlanne